L'énergie du vivant

De l'intimité végétale aux secrets de la chair, s'ouvre et se déploie l'art étrange de Jean Marrel. Subtile étrangeté qui fait passerelle des divers états de
l'univers vital. De naissance figurative, sa peinture abandonne d'emblée le registre sommaire du réalisme narratif pour s'élever aux limites d'une abstraction généreuse, tonique, sensuelle et lyrique. Chaque oeuvre est en puissance d'être. En extension graphique. En expansion de couleurs. Quelque chose de l'ordre des énergies premières, archaïques et germinatives se mettent en place : celles de la cellule, de la fleur, de l'animal ou de la présence charnelle, vers quoi tout semble tendre. Les pulsions de la vie d'origine s'installent dans une chromatique chaude et plurielle. L'art et l'organique s'étreignent.

Jean Marrel jamais ne s'abîme dans l'intellect distant. Au contraire, le geste, la trace, la couleur libérée, les chocs de blocs qui s'affrontent, tout cela dynamise un espace d'art pur, une esthétique purement plastique, à quoi des rumeurs d'Eros, d'oniriques passages, et quelques élans tragiques donnent une allure existentielle délicate, une forte saveur de vie qui touche l'affect profond.

S'il y a symbolique, elle couve en énigme, dans les lointains de l'oeuvre.

                                                                                                                        Christian Noorbergen